Jeudi 15 mai 2008


Le jeudi, Karen travaille au sein de son groupe de famille. Il y a cinq groupes de famille à la Freinetskole, chacun a un nom (« bulles » par exemple). En général, une trentaine d’élèves par groupe (32 pour celui de Karen), de la première à la 7°, encadrés par au moins un enseignant, deux la plupart du temps et trois parfois. Dans le groupe de Karen, trois enseignants interviennent. Egalement professeur de français, Karen ne passe qu’un tiers de son temps au sein du groupe de famille. Les 8° et 9° années sont regroupés en logique d’âge, afin de se préparer à l’entrée au gymnasium.

Ce matin, avec Katrine, Karen commence par faire l’appel. Puis on discute de la journée. Chacun peut intervenir, faire passer un message, exprimer une opinion.
Allez, c’est parti, les enfants jettent un coup d’œil à leur emploi du temps personnel et savent ce qu’ils ont à faire.

En début de semaine, le lundi matin, les enfants élaborent leur programme de travail pour la semaine. Et oui, ici, c’est l’élève qui décide de son emploi du temps ! Bien entendu, certains enseignements se font à horaires fixes. Ce sont ceux qui regroupent les élèves selon une logique d’âge et non plus de groupe de famille. Musique, anglais, français, sport… Mais pour le reste, dès la première année, on peut décider qu’à tel moment, on fera des maths plutôt que du danois, de la lecture plutôt que des maths, … Ainsi, l’emploi du temps vierge se remplit différemment au rythme des semaines et des envies de chacun. On peut aussi le modifier en cours de route.
Ce qui compte, c’est de définir des objectifs de travail et de les tenir. Les objectifs que chacun se fixe portent sur des pages à étudier et sont notés sur l’emploi du temps. Evidemment, les enseignants supervisent tout cela. Impossible de ne faire que des maths pendant la semaine ou de n’envisager de ne faire qu’un exercice. Soyons sérieux !


Après la petite réunion du matin, chacun entre en piste, prend ses affaires et se met au travail. Un élève ne travaille pas ? L’enseignante va voir son emploi du temps et y remédie.

 Les élèves travaillent avec des fichiers d’activité. En cas de problème, ils appellent un prof. Souvent, ils travaillent par deux. L’entraide fonctionne également, mais généralement entre élèves d’un même niveau ou proches en âge. Au cours de cette journée je n’ai pas vu de « petit » demander de l’aide à un « grand ». Oups… élèves comme enseignantes ont oublié que c’était l’heure d’aller en anglais pour les 7°… Ce sont des choses qui arrivent (et n’oublions pas qu’il n’y a pas de sonnerie ici !).


Durant la journée, les enseignants n’ont pas toujours l’intégralité du groupe de famille en charge. Lorsque certains sortent du groupe pour des enseignements ou activités spécifiques, il devient possible de passer davantage de temps avec les élèves qui restent. C’est notamment un moment privilégié pour faire de la lecture avec les plus jeunes. Les élèves travaillent à leur rythme. Dans la semaine, des moments sont prévus pour faire le point sur l’état d’avancement de leur planning et la réalisation des objectifs fixés. Lorsque les trois enseignants du groupe de famille travaillent en même temps, l’un d’entre eux peut se consacrer à un élève aux besoins spécifiques.

LaDgèdge, j'espère que ceci répond au moins en partie à tes interrogations (toujours très pertinentes au demeurant... ou presque!). L'enseignant est un auxiliaire, que l'on n'hésite pas à solliciter. Il sait aussi en cas de besoin incarner le gimini cricket...

 

Vient l’heure du déjeuner. A la Freinetskolen, on cuisine sur place, et les élèves mettent la main à la pâte (on fait même le pain, délicieux !). Dès la 4° (10-11 ans), trois semaines par an, on passe en cuisine. C’est normal et ici personne ne râle parce que ça fait manquer des cours !!! Par groupe de famille, on va chercher le repas, que l’on ramène dans la salle. On mange tous ensemble, sauf les « grands » (8° et 9°), qui peuvent manger au « self », trop petit pour contenir tout le monde.

Chaque groupe de famille bénéficie d’infrastructures importantes. Toilettes bien évidemment, mais aussi évier, lave-vaisselle, lave-linge, torchons, vaisselle, … Un vrai petit appartement ! Il s’agit d’« open spaces », favorisant la circulation. Un coin plutôt lecture et/ou réunion, avec des banquettes, un espace avec des tables (rondes ou carrées, jamais individuelles), des ordinateurs, … Le tout naturellement orné par des travaux d’élèves : la salle de classe est avant tout pensée comme un espace de vie. Une fois le repas terminé, on range. Chaque semaine, des responsables s’assurent que tout est en ordre pour pouvoir se remettre au travail après la pause. Ca tourne, comme pour le rangement du soir…

De nombreuses activités sont proposées aux élèves. Couture, « découpage » (réalisations en papier par tressages, collages, …), musique, menuiserie, peinture, sport, … Pour chaque atelier, il est précisé combien d’élèves de chaque groupe de famille peuvent s’inscrire. Les enseignants s’assurent que les élèves prennent part à ces activités, qui constituent un aspect essentiel de la pédagogie Freinet. Le positionnement des ateliers est élaboré lors d’une des nombreuses réunions des personnels qui jalonnent la semaine.

 

L’ordinateur a remplacé l’atelier imprimerie mais la production de textes libres est toujours bien vivace, et la volonté de favoriser l’expression et la créativité ne fait aucun doute quant à sa vivacité ! Un journal est édité plusieurs fois par an, par rotation des groupes de famille.

 

En fin de semaine, avant le grand ménage précédant le départ en week-end (week-end durant lequel les parents viennent faire le ménage des classes de leurs chers bambins, si si !), on fait le bilan. Chaque enfant a son carnet, sur lequel on colle l’emploi du temps de la semaine écoulée, que l’on commente. « J’ai réussi à faire mes maths, mais je n’ai pas fini le danois, …". On peut aussi noter des messages plus personnels à destination de son enseignant.

 

Plus spécifiquement à la Vie Scolaire

 

De ce que j’ai pu voir de cette journée, le processus est bien rôdé et semble efficace. Néanmoins, j’ai remarqué un élève du groupe qui n’a rien fait ou presque de sa journée en termes de travail. S’il a bossé 5 mn, c’est bien tout ce qu’il a fait… Il s’agit d’un élève « pas tout à fait comme les autres »… Certes, mais cela pose tout de même la question du suivi des élèves et de leur prise en charge. Si l’apprentissage ne saurait être forcé, comment faire pour ces élèves ayant décidé de ne pas travailler ? Jusqu’où laisser faire ? Les relations entre l’école Freinet et les parents sont très fortes mais cela ne suffit pas toujours… Si le parti-pris de la responsabilisation semble pari gagné pour la plupart, comment travailler avec ceux pour qui il est plus problématique ?

Cette limite peut se retrouver dans le système « classique ». Notons que des pistes de solution existent, comme les Efterskole, qui peuvent permettre de « raccrocher » certains élèves… à suivre ! 

 

Le suivi des élèves m’inquiète davantage. Lorsque j’ai posé la question à Karen de savoir comment circulait un dossier d’élève, j’ai constaté non sans effroi qu’il n’y a pas de « dossier scolaire » des élèves au sens où nous l’entendons. Ainsi, un élève qui déménage régulièrement n’a pas de dossier le suivant. Enseignante, si je veux des renseignements sur son vécu d’élève, je dois contacter son/ses ancien(s) établissement(s). Ce la me paraît très préjudiciable, d’autant que certaines informations sont importantes à connaître, dès l’arrivée de l’élève dans un établissement… Néanmoins cette limite n’est là encore pas spécifique l’enseignement Freinet.

 

La représentation des élèves.

 Pas de délégués de classe ici, on fonctionne davantage en démocratie directe et participative. Il y a des délégués pour les 8° et les 9°, mais à  Freinetskolen, on préfère les réunions plénières avec ordre du jour pré-déterminé en fonction des remontées de chaque groupe de famille.

L’école est membre de l’ « association nationale des représentants élèves » mais ce n’est pas très efficace encore pour le moment à Valby.

 
Vendredi sera notre dernier jour de stage ici... Un créneau est prévu afin que l'on puisse noyer karen sous les questions.
(Ok, ces articiles sont publiés a posteriori, mais n'hésitez pas à poser des questions, je tâcherai modestement d'apporter des éléments de réponse...).

Ce qui frappe dans une école Freinet au Danemark, c'est qu'elle semble être un prolongement naturel des principes éducatifs locaux. Paradoxe puisqu'"invention française", elle ferait pourtant davantage figure chez nous de "Christiania éducatif"...

Par lilipoupou - Publié dans : Enseignement et Vie Scolaire au Danemark - Communauté : IUFM Midi-Pyrénées
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Mercredi 14 mai 2008

 

Autant le dire tout de suite, ici, les jeux olympiques ne soulèvent pas la polémique… Pas de tentatives d’extinction de la flamme non plus, rendues caduques par la pure et simple absence de cette dernière. Aita peapea ! (pas de problème en tahitien).

Ce matin, rdv 9 heures donc, pour la mise en route de cet événement, qui va se poursuivre jusqu’à mardi prochain.

Avec Frederikke, nous faisons partie des « rouge », l’Amérique du Nord. Les enfants sont une bonne trentaine, du kindergarden à la 3° année. La composition des groupes reprend grosso modo celle des activités de l’après-midi. Des pédagogues du kindergarden sont là aussi. Au total, 6 adultes chez les rouges (sans m’inclure, ça va sans dire).

Uffe, le collègue de Frederikke (avec qui elle assure les cours de sport tu mercredi) fait une présentation aux élèves de ce que sont les jeux olympiques. Leur histoire, leurs valeurs, la symbolique du drapeau, etc. Des anecdotes rendent son discours attractif pour les enfants, qui semblent réceptifs et participent. On situe Olympie sur un planisphère, etc.

Vient ensuite le moment de préparer la cérémonie d’ouverture, qui doit avoir lieu dans l’après-midi. Pour cela, les élèves doivent se répartir en ateliers. Bannière/drapeau, Danse, Devise, Bandeaux (à mettre dans les cheveux, avec une plume… ben oui, on est l’Amérique du Nord, les Indiens !). Les enfants sont laissés libres. Les groupes sont assez déséquilibré mais on a fait en sorte de respecter le choix de chacun.

            Avec Frederikke, je pars avec les groupes « danse » et « devise ». On regroupe les élèves car seuls quelques uns se sont inscrits pour la danse (4 ou 5), trop peu pour donner une idée d’ensemble. C’est tout le continent qui va danser sur la chorégraphie arrêtée !?

On commence par chercher la devise. Les enfants proposent, reprennent, reformulent, enrichissent. On travaille sur le rythme. C’est notre cri de guerre, celui qui doit galvaniser les troupes !

Vient ensuite l’élaboration de la chorégraphie. Le travail a été rondement mené, nous rejoignons les autres, restés dans la salle d’à côté. Mise en commun (enseignement de la devise et de la choré), répétition dans la cour avant la pause-déjeuner.

Après le repas, tout le monde part au stade pour la cérémonie d’ouverture. Les itinéraires sont différents (ne pas se croiser entre équipes adverses !).


Ce qui compte avant tout, c’est le respect des autres équipes. Le défilé d’ouverture se passe dans une ambiance très sympa. On s’applaudit entre continents. C’est plein de couleurs et de musiques !




 

 





La compétition démarrera plus tard. C’en est fini pour aujourd’hui, retour à Heiberg.

 

Les enseignants et pédagogues font un point de la journée et anticipent sur les problèmes à venir (comme la difficulté de certaines épreuves ou le problème de la gestion du temps).

Pédagogie de projet, mélange des niveaux de classe, travail sur les valeurs de solidarité, de respect, ces Olympiades ont des objectifs multiples et sont partie prenante de la formation scolaire. Les enfants sont très impliquées et prennent leur rôle très à coeur, un vrai bonheur!
Quant à moi, j'ai passé une excellente journée!

Par lilipoupou - Publié dans : Enseignement et Vie Scolaire au Danemark - Communauté : IUFM Midi-Pyrénées
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Mardi 13 mai 2008

Ce stage danois me permet de fréquenter une école Freinet, paradoxe!
Frederikke, de la Heibergskolen, nous a mises en relation avec Karen, enseignante notamment en français, à la Freinetskolen de Valby (prononcer "vé:lbu"). L'école compte deux cents élèves environ, qui habitent le quartier ou viennent de plus loin, en vélo ou par le s-tog (équivalent des RER parisiens).
Ainsi, mardi dernier, vendredi et aujourd'hui, je me suis rendue dans cette école...

Célestin Freinet, gazé pendant la Première Guerre mondiale et instituteur de son état, fut l'inventeur de la "methode" qui porte son nom. Une pédagogie développant l'autonomie, la créativité et la responsabilisation des enfants, faisant de la classe un atelier, de l'enfant l'acteur et le "constructeur" de ses apprentissages, une pédagogie qui suit le rythme de chacun, sur le mode du "tâtonnement expérimental".
Pour en savoir plus:
http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9lestin_Freinet

J'assiste aux cours de français dispensés par Karen à des classes de 7° et  8° (éq. 5° et° en France). Pas de sonnerie naturellement (il n'y en n'a pas à Heibergskolen alors forcément ici...!). Pas de classe au sens où nous l'entendons non plus: les élèves sont regroupés par "groupes de famille", toutes générations confondues, soit de 6 à 15 ans! Pour certains enseignements comme le français ou la musique, des regroupements par classes d'âges s'opèrent. Jeudi, je vais suivre la journée d'une de ces classes d'âges, sous la responsabilité de deux enseignants (dont Karen). J'en reparlerai donc.
En début de semaine, chaque élève élabore son planning de travail hebdomadaire. Ici, c'est l'élève qui décide de son emploi du temps! Cette liberté se voit dans l'organisation de l'école, allant plus loin encore qu'à Heiberg. Les élèves les plus âgés participent à l'élaboration des repas ("ecologiques" comme on les qualifie ici, comme on dirait "bio" en France), ils peuvent, pendant un cours, aller librement aux toilettes ou même aller travailler seuls dehors. Les salles de classe n'ont pas l'agencement rigide qu'on leur connaît, afin de faciliter les travaux en petits groupes notamment. Autant d'idées (ou presques) reprises à Heiberg, Volkeskole publique! Chacun doit participer aux tâches d'entretien de l'école: aux élèves par exemple de nettoyer leur salle de classe.
Il n'est pas rare de voir entrer en classe des élèves aux pieds nus. Ce matin, l'un d'entre eux quittait la salle en y laissant ses baskets!
Tout ce joyeux petit monde fonctionne bien, et avec le sourire! Les élèves apprécient les libertés dont ils disposent et font preuve de beaucoup de lucidité face à leurs "devoirs" d'élève. Ils aiment cette confiance qu'on leur témoignent et la méritent. Ils s'investissent dans leur scolarité; ils ont compris ce que l'école peut leur permettre.
Vendredi, Charlotte a fait un cours de français "à la française" et ce matin, les élèves nous livraient leurs commentaires. Ils ont 13 - 14 ans... Je vous retranscris mes notes (parfois reformulées) comme elles ont été prises:
- Intéressant, mais ressemble à l'école publique danoise
- plus facile que d'habitude parce que c'est le prof qui fait tout. Les élèves travaillent moins, sont moins actifs
- l'écriture cursive est difficile à lire
- ce n'est pas assez créatif comme enseignement et ne laisse pas l'élève penser lui-même
- trop monotone
- quand c'est moi qui travaille, je réfléchis plus,
Leur point de vue sur l'école Freinet:
- à Freinet, on apprend plus parce qu'on a plus de libertés et de responsabilités
- mais Freinet n'est pas valable pour tout le monde car certains ont besoin de plus de cadres
- quand ce n'est pas le prof qui impose, l'élève prend plus ses responsabilités. Avec Freinet, on est obligé de prendre ses responsabilités sinon c'est fichu
- J'aime changer, quitter le groupe de famille pour certains enseignements me permet de changer d'air,
- j'aime la possibilité de gérer, d'organiser son temps
- j'aime n'être pas obligé de participer aux activités de l'après-midi (couture, ...)
- à Freinet, il y a plus de matières créatives,
- j'aime l'alternance groupe de famille - cours selon l'âge
- on a la possibilité de choisir ce qu'on travaille, mais ce qu'on choisit de ne pas travailler sur le moment, on sait qu'il faudra le faire à un autre moment: chacun peut travailler à son rythme.
- j'ai un peu peur quand même pour l'année prochaine et l'apparition des devoirs à la maison...

















Un des espaces de jeux des élèves, ici, un terrain "en dur"                             
















                       
                                         La cour



L'école est un ancien couvent.
Le gymnase l'ancienne chapelle!








  En attendant les autorisations des familles, une salle de classe sans élèves, notez les chaises parallèles aux murs




D'autres photos prochainement...

Par lilipoupou - Publié dans : Enseignement et Vie Scolaire au Danemark - Communauté : IUFM Midi-Pyrénées
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