Le jeudi, Karen travaille au sein de son groupe de
famille. Il y a cinq groupes de famille à la Freinetskole, chacun a un nom (« bulles » par exemple). En général, une trentaine d’élèves par groupe (32 pour celui de Karen), de la
première à la 7°, encadrés par au moins un enseignant, deux la plupart du temps et trois parfois. Dans le groupe de Karen, trois enseignants interviennent. Egalement professeur de français, Karen
ne passe qu’un tiers de son temps au sein du groupe de famille. Les 8° et 9° années sont regroupés en logique d’âge, afin de se préparer à l’entrée au gymnasium.
Ce matin, avec Katrine, Karen commence par faire l’appel. Puis on discute de la journée. Chacun peut intervenir, faire passer un message,
exprimer une opinion.
Allez, c’est parti, les enfants jettent un coup d’œil à leur emploi du temps personnel et savent ce qu’ils ont à faire.
En début de semaine, le lundi matin, les enfants élaborent leur programme de travail pour la semaine. Et oui, ici, c’est l’élève qui
décide de son emploi du temps ! Bien entendu, certains enseignements se font à horaires fixes. Ce sont ceux qui regroupent les élèves selon une logique d’âge et non plus de groupe de
famille. Musique, anglais, français, sport… Mais pour le reste, dès la première année, on peut décider qu’à tel moment, on fera des maths plutôt que du danois, de la lecture plutôt que des maths,
… Ainsi, l’emploi du temps vierge se remplit différemment au rythme des semaines et des envies de chacun. On peut aussi le modifier en cours de route.
Ce qui compte, c’est de définir des objectifs de travail et de les tenir. Les
objectifs que chacun se fixe portent sur des pages à étudier et sont notés sur l’emploi du temps. Evidemment, les enseignants supervisent tout cela. Impossible de ne faire que des maths pendant
la semaine ou de n’envisager de ne faire qu’un exercice. Soyons sérieux !
Après la petite réunion du matin, chacun entre en piste, prend ses affaires et se met au travail. Un élève ne travaille pas ? L’enseignante va voir son emploi
du temps et y remédie.
Les élèves travaillent avec des fichiers d’activité. En cas de problème, ils appellent un prof. Souvent, ils travaillent par deux. L’entraide fonctionne également, mais généralement entre
élèves d’un même niveau ou proches en âge. Au cours de cette journée je n’ai pas vu de « petit » demander de l’aide à un « grand ». Oups… élèves comme enseignantes ont oublié
que c’était l’heure d’aller en anglais pour les 7°… Ce sont des choses qui arrivent (et n’oublions pas qu’il n’y a pas de sonnerie ici !).
Durant la journée, les enseignants n’ont pas toujours l’intégralité du groupe de famille en charge. Lorsque certains sortent du groupe pour des enseignements ou activités spécifiques, il devient
possible de passer davantage de temps avec les élèves qui restent. C’est notamment un moment privilégié pour faire de la lecture avec les plus jeunes. Les élèves travaillent à leur rythme. Dans
la semaine, des moments sont prévus pour faire le point sur l’état d’avancement de leur planning et la réalisation des objectifs fixés. Lorsque les trois enseignants du groupe de famille
travaillent en même temps, l’un d’entre eux peut se consacrer à un élève aux besoins spécifiques.
LaDgèdge, j'espère que ceci répond au moins en partie à tes interrogations (toujours très pertinentes au demeurant... ou presque!).
L'enseignant est un auxiliaire, que l'on n'hésite pas à solliciter. Il sait aussi en cas de besoin incarner le gimini cricket...
Vient l’heure du déjeuner. A la Freinetskolen, on cuisine sur place, et les élèves mettent la main à la pâte (on fait même le pain, délicieux !). Dès la 4° (10-11 ans), trois semaines par an, on passe en cuisine. C’est normal et ici personne ne râle parce que ça fait manquer des cours !!! Par groupe de famille, on va chercher le repas, que l’on ramène dans la salle. On mange tous ensemble, sauf les « grands » (8° et 9°), qui peuvent manger au « self », trop petit pour contenir tout le monde.
Chaque groupe de famille bénéficie d’infrastructures importantes. Toilettes bien évidemment, mais aussi évier, lave-vaisselle, lave-linge,
torchons, vaisselle, …
Un vrai petit appartement ! Il s’agit d’« open
spaces », favorisant la circulation. Un coin plutôt lecture et/ou réunion, avec des banquettes, un espace avec des tables (rondes ou carrées, jamais individuelles), des ordinateurs, … Le
tout naturellement orné par des travaux d’élèves : la salle de classe est avant tout pensée comme un espace de vie. Une fois le repas terminé, on range. Chaque semaine, des responsables
s’assurent que tout est en ordre pour pouvoir se remettre au travail après la pause. Ca tourne, comme pour le rangement du soir…
De nombreuses activités sont proposées aux élèves. Couture, « découpage » (réalisations en papier par tressages, collages, …),
musique, menuiserie, peinture, sport, … Pour chaque atelier, il est précisé combien d’élèves de chaque groupe de famille peuvent s’inscrire. Les enseignants s’assurent que les élèves prennent
part à ces activités, qui constituent un aspect essentiel de la pédagogie Freinet. Le positionnement des ateliers est élaboré lors d’une des nombreuses réunions des personnels qui jalonnent la
semaine.
L’ordinateur a remplacé l’atelier imprimerie mais la production de textes libres est toujours bien vivace, et la volonté de favoriser
l’expression et la créativité ne fait aucun doute quant à sa vivacité ! Un journal est édité plusieurs fois par an, par rotation des groupes de famille.
En fin de semaine, avant le grand ménage précédant le départ en week-end (week-end durant lequel les parents viennent faire le ménage des classes de leurs chers bambins, si si !), on fait le bilan. Chaque enfant a son carnet, sur lequel on colle l’emploi du temps de la semaine écoulée, que l’on commente. « J’ai réussi à faire mes maths, mais je n’ai pas fini le danois, …". On peut aussi noter des messages plus personnels à destination de son enseignant.
Plus spécifiquement à la Vie Scolaire
De ce que j’ai pu voir de cette journée, le processus est bien rôdé et semble efficace. Néanmoins, j’ai remarqué un élève du groupe qui n’a rien fait ou presque de sa journée en termes de travail. S’il a bossé 5 mn, c’est bien tout ce qu’il a fait… Il s’agit d’un élève « pas tout à fait comme les autres »… Certes, mais cela pose tout de même la question du suivi des élèves et de leur prise en charge. Si l’apprentissage ne saurait être forcé, comment faire pour ces élèves ayant décidé de ne pas travailler ? Jusqu’où laisser faire ? Les relations entre l’école Freinet et les parents sont très fortes mais cela ne suffit pas toujours… Si le parti-pris de la responsabilisation semble pari gagné pour la plupart, comment travailler avec ceux pour qui il est plus problématique ?
Cette limite peut se retrouver dans le système « classique ». Notons que des pistes de solution existent, comme les Efterskole, qui peuvent permettre de « raccrocher » certains élèves… à suivre !
Le suivi des élèves m’inquiète davantage. Lorsque j’ai posé la question à Karen de savoir comment circulait un dossier d’élève, j’ai constaté non sans effroi qu’il n’y a pas de « dossier scolaire » des élèves au sens où nous l’entendons. Ainsi, un élève qui déménage régulièrement n’a pas de dossier le suivant. Enseignante, si je veux des renseignements sur son vécu d’élève, je dois contacter son/ses ancien(s) établissement(s). Ce la me paraît très préjudiciable, d’autant que certaines informations sont importantes à connaître, dès l’arrivée de l’élève dans un établissement… Néanmoins cette limite n’est là encore pas spécifique l’enseignement Freinet.
La représentation des élèves.
Pas de délégués de classe ici, on fonctionne davantage en démocratie directe et participative. Il y a des délégués pour les 8° et les 9°, mais à Freinetskolen, on préfère les réunions plénières avec ordre du jour pré-déterminé en fonction des remontées de chaque groupe de famille.
L’école est membre de l’ « association nationale des représentants élèves » mais ce n’est pas très efficace encore pour le moment à Valby.
Vendredi sera notre dernier jour de stage ici... Un créneau est prévu afin que l'on puisse noyer karen sous les questions.
(Ok, ces articiles sont publiés a posteriori, mais n'hésitez pas à poser des questions, je tâcherai modestement d'apporter des éléments de réponse...).
Ce qui frappe dans une école Freinet au Danemark, c'est qu'elle semble être un prolongement naturel des principes éducatifs locaux. Paradoxe puisqu'"invention française", elle ferait pourtant
davantage figure chez nous de "Christiania éducatif"...
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