Skagen, 31 mai 2008 au soir, en terrasse de café…
Attablés, les parents, trentenaires, finissant de dîner, leur pinte de bière chacun. De l’autre côté de la terrasse, côté trottoir de la rue piétonne, arrivent leurs deux filles – blondes et de rose vêtues, approximativement cinq et sept ans. Elles sont à rollers online, autant dire que la plus jeune chancelle et vacille ! A la main, un cornet de soft ice prêt à suinter. Depuis mon siège à l’angle de la terrasse, j’assiste à la scène. Outre son air réjoui, avez-vous remarqué que lorsqu’un enfant mange une glace, il l’attaque toujours par le haut, ne pense pas à la tourner, à changer d’angle pour vérifier que ça ne coule pas. Quand il réagit, c’est souvent trop tard, une fois que « ça a tout coulé partout », de la veste au pull en passant avec un peu de chance par la robe. On passera sur l’incontournable séance débarbouillage … Considérons cette scène dans sa dimension éducative. En tant qu’éducateur, comment aurions-nous réagi ? Tout bon parent français ou presque : « fais attention à ta glace, ça va couler, tu vas en mettre partout », voire « tu finis d’abord ta glace et après tu feras du patin » ou encore « on ne fait pas de patin en même temps qu’on mange une glace, c’est dangereux… et puis vous restez dans le coin quand même, il faut qu’on puisse vous voir ! ». Caricature ? Sans doute ! Cela dit, dans notre culture, l’enfant n’a pas encore acquis l’expérience qui va lui permettre d’appréhender, de s’adapter et de « s’en sortir » face à la complexité du monde. C’est justement ce discernement nécessaire qui fait l’adulte. A lui donc en tant qu’éducateur de guider l’enfant sur le chemin de la connaissance en servant de modèle. Donner des repères à l’enfant pour qu’il puisse se construire : le cadre comme espace de liberté et d’épanouissement personnel. Le parti-pris éducatif français repose sur un passage progressif du « microcosme » (la famille, l’école, les activités sportives) au « macrocosme » : la société, le monde. C’est au fil de sa croissance et de son développement que l’enfant, guidé par l’adulte protecteur, va appréhender la complexité du monde, ses règles du jeu. Le cadre familial, le cadre scolaire, sportif, … microcosmes protecteurs, pépinières à adultes avant l’enracinement en pleine terre. L’adulte-protecteur préservant l’enfant, le prévenant de la réalité du monde. Que se passa-t-il ? Les fillettes échangèrent avec leurs parents, puis repartirent gaiment, glace en main pour la petite (on mange plus vite quand on est grand). On va bien voir ce qu’on va voir, on va bien voir dans quel état elle revient la petite. Ah ! on va rire… A ça pour sûr elle va revenir sans glace mais la question c’est comment !
- En larmes, parce qu’elle l’aura fait tomber,
- En larmes, parce qu’elle sera tombée avec (double sanglots)
- Contente et tachée
- Contente et propre
Quelle déception ! L’enfant revenant avec ce même sourire comblé aux lèvres alors que de la glace ne reste de souvenir que sur ses joues ! Un pull rose immaculé, pas une tâche je vous dis, rien de rien, désespérément ! L’éducation à la danoise, c’est avant tout viser à la responsabilisation et à l’autonomie de l’enfant. S’adapter à l’enfant pour qu’il se développe au mieux. Ces parents danois n’ont pas cherché à prévenir leur fille de ce qu’elle risquait. Serait-elle tombée glace en main et se serait blessée que cela lui aurait permis de grandir. Ses parents l’auraient consolée : elle aurait appris par elle-même. Ne pas céder à la tentation de penser qu’il s’agit d’une « éducation à la dure », loin de là ! Au contraire : on fait le pari de la confiance. Prévenir la petite des dangers de manger une glace en patinant l’aurait renvoyée à un présupposé d’échec. Prendre le temps de laisser chacun affirmer sa personnalité et trouver où sont ses capacités. On explique, on parle on dialogue lorsque besoin est mais on laisse à l’enfant sa liberté et ses errements, nécessaires et indispensables à toute construction individuelle.
en plein air. Super sympa sous un soleil qui vous donne un bronzage de skieuse!
Allez, j'avoue, je n'ai pas eu le
courage d'aller tester la température de l'eau. Mais je pense modestement pouvoir annoncer qu'elle était plus froide qu'en Polynésie...
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