Mercredi 22 avril 2009
Il y a un an jour pour jour décalage horaire aidant, je m'envolais pour Copenhague.
Une destination à laquelle je n'aurais jamais pensé spontanément. Et pourtant...
Un an plus tard, le souvenir de ce séjour reste encore très présent et ses apports, je les ressens presque au quotidien. Si les voyages forment la jeunesse, ils peuvent aussi avoir une forte incidence sur une trentenaire comme moi.
Pays exotique s'il en est, le décalage de mentalité avec la France m'y est apparu comme aussi important qu'entre la Polynésie et la métropole. Dans d'autres registres, cela va sans dire... mais toujours mieux en le disant, ou du charme de la prétérition.
Un an après, je n'exerce pas ma fonction de CPE. En dispo, me voici improvisée journaliste à Tahiti. Ainsi va la vie... Pourtant, cette expérience danoise a participé à m'ouvrir les yeux: oui, des alternatives existent, oui, le système scolaire peut avoir pour pleine ambition d'être un système éducatif. Pédagogie et approche danoises m'ont d'autant plus subjuguée qu'elles se situent à l'opposé du schéma mental qui m'a façonnée.
Il est des "claques dans la gueule" qu'on est bien content d'avoir prises.
Ce séjour constitua pour moi incontestablement le plus pertinent des apports de cette année de formation, obligeant à une profonde remise en question et à une réflexion véritable sur ma fonction.
Merci donc de cette première bougie que l'on me permet aujourd'hui de souffler.
Par lilipoupou
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Dimanche 29 juin 2008
Depuis une bonne semaine, je planche sur la rédaction de mon rapport de stage. Je ne mettrai pas le texte qui suit en intro, mais j'aurais bien aimé... Une petite scène de vie assez révélatrice me semble-t-il. A vous de juger!

Skagen, 31 mai 2008 au soir, en terrasse de café…
Attablés, les parents, trentenaires, finissant de dîner, leur pinte de bière chacun. De l’autre côté de la terrasse, côté trottoir de la rue piétonne, arrivent leurs deux filles – blondes et de rose vêtues, approximativement cinq et sept ans. Elles sont à rollers online, autant dire que la plus jeune chancelle et vacille ! A la main, un cornet de soft ice prêt à suinter. Depuis mon siège à l’angle de la terrasse, j’assiste à la scène. Outre son air réjoui, avez-vous remarqué que lorsqu’un enfant mange une glace, il l’attaque toujours par le haut, ne pense pas à la tourner, à changer d’angle pour vérifier que ça ne coule pas. Quand il réagit, c’est souvent trop tard, une fois que « ça a tout coulé partout », de la veste au pull en passant avec un peu de chance par la robe. On passera sur l’incontournable séance débarbouillage … Considérons cette scène dans sa dimension éducative. En tant qu’éducateur, comment aurions-nous réagi ? Tout bon parent français ou presque : « fais attention à ta glace, ça va couler, tu vas en mettre partout », voire « tu finis d’abord ta glace et après tu feras du patin » ou encore « on ne fait pas de patin en même temps qu’on mange une glace, c’est dangereux… et puis vous restez dans le coin quand même, il faut qu’on puisse vous voir ! ». Caricature ? Sans doute ! Cela dit, dans notre culture, l’enfant n’a pas encore acquis l’expérience qui va lui permettre d’appréhender, de s’adapter et de « s’en sortir » face à la complexité du monde. C’est justement ce discernement nécessaire qui fait l’adulte. A lui donc en tant qu’éducateur de guider l’enfant sur le chemin de la connaissance en servant de modèle. Donner des repères à l’enfant pour qu’il puisse se construire : le cadre comme espace de liberté et d’épanouissement personnel. Le parti-pris éducatif français repose sur un passage progressif du « microcosme » (la famille, l’école, les activités sportives) au « macrocosme » : la société, le monde. C’est au fil de sa croissance et de son développement que l’enfant, guidé par l’adulte protecteur, va appréhender la complexité du monde, ses règles du jeu. Le cadre familial, le cadre scolaire, sportif, … microcosmes protecteurs, pépinières à adultes avant l’enracinement en pleine terre. L’adulte-protecteur préservant l’enfant, le prévenant de la réalité du monde. Que se passa-t-il ? Les fillettes échangèrent avec leurs parents, puis repartirent gaiment, glace en main pour la petite (on mange plus vite quand on est grand). On va bien voir ce qu’on va voir, on va bien voir dans quel état elle revient la petite. Ah ! on va rire… A ça pour sûr elle va revenir sans glace mais la question c’est comment !
- En larmes, parce qu’elle l’aura fait tomber,
- En larmes, parce qu’elle sera tombée avec (double sanglots)
- Contente et tachée
- Contente et propre
 Quelle déception ! L’enfant revenant avec ce même sourire comblé aux lèvres alors que de la glace ne reste de souvenir que sur ses joues ! Un pull rose immaculé, pas une tâche je vous dis, rien de rien, désespérément ! L’éducation à la danoise, c’est avant tout viser à la responsabilisation et à l’autonomie de l’enfant. S’adapter à l’enfant pour qu’il se développe au mieux. Ces parents danois n’ont pas cherché à prévenir leur fille de ce qu’elle risquait. Serait-elle tombée glace en main et se serait blessée que cela lui aurait permis de grandir. Ses parents l’auraient consolée : elle aurait appris par elle-même. Ne pas céder à la tentation de penser qu’il s’agit d’une « éducation à la dure », loin de là ! Au contraire : on fait le pari de la confiance. Prévenir la petite des dangers de manger une glace en patinant l’aurait renvoyée à un présupposé d’échec. Prendre le temps de laisser chacun affirmer sa personnalité et trouver où sont ses capacités. On explique, on parle on dialogue lorsque besoin est mais on laisse à l’enfant sa liberté et ses errements, nécessaires et indispensables à toute construction individuelle.
Par lilipoupou - Publié dans : lilipoupou au pays de la petite sirène
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Mardi 24 juin 2008

Petit extrait de ce que contiendra mon rapport de stage à l'étranger. Mais comme le dirait ma tante Marie-Hélène, ceci est "fort" intéressant!

En guise de présentation, j’aimerais évoquer la loi de Jante, outil-clef pour la

compréhension de la conception éducative danoise. Si le système éducatif français vise à la promotion de l’excellence et du mérite individuel, il en va tout autrement dans le système danois.

Les observateurs étrangers sont souvent surpris par la simplicité des rapports sociaux qui caractérise les sociétés scandinaves. Si les Français sont fréquemment perçus comme arrogants, les Nordiques affichent quant à eux volontiers un comportement modeste dicté par un souci d'égalitarisme. On va même jusqu’à employer l’expression de « modestie ostentatoire[1] ».

La Janteloven ou Loi de Jante est un code de conduite profondément ancré chez les Danois. Ecrite par Aksel Sandemose (1899-1965) en 1933 dans son roman En flygtning krydser sit spor. Selon lui, ces règles régissaient sa petite ville natale, dans le Jutland. La loi de Jante vise à respecter l'égalité entre les hommes et se divise en 10 principes :

1.      Du skal ikke tro du er noe ! - Tu ne dois pas croire que tu es quelqu'un !

  1. Du skal ikke tro du er like meget som oss ! - Tu ne dois pas croire que tu vaux autant que nous !
  2. Du skal ikke tro du er klokere enn oss ! - Tu ne dois pas croire que tu es plus malin/sage que nous !
  3. Du skal ikke innbille deg at du er bedre enn oss ! - Tu ne dois pas t'imaginer que tu es meilleur que nous !
  4. Du skal ikke tro du vet mer enn oss ! - Tu ne dois pas croire que tu sais mieux que nous !
  5. Du skal ikke tro du er mer enn oss ! - Tu ne dois pas croire que tu es plus que nous !
  6. Du skal ikke tro at du duger til noe ! - Tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit !
  7. Du skal ikke le av oss ! - Tu ne dois pas rire de nous !
  8. Du skal ikke tro noen bryr seg om deg ! - Tu ne dois pas croire que quelqu'un s'intéresse/s'inquiète à ton sujet !
  9. Du skal ikke tro du kan lære oss noe ! - Tu ne dois pas croire que tu peux nous apprendre quelque chose[2] !

Elle permet ainsi de mieux comprendre pourquoi les Scandinaves savent se contenter de ce qu’ils ont, ne veulent pas absolument se démarquer les uns des autres. « Au contraire, loin de l’individualisme facile, c’est encore la collectivité qui marque la norme et la référence. S’ils ne suivent pas tous à la règle ces quelques principes, force est de constater toutefois que Sandemose connaissait très bien les sociétés scandinaves quand il formulait ces idées générales. Les Danois, sur la scène mondiale, ne font que très rarement parler d’eux[3] ».

On est donc bien loin des considérations françaises. Le système danois est pleinement intégré dans la société danoise et les valeurs éducatives de l’école sont en parfaite cohérence avec la mentalité des habitants. Ecole et famille travaillent ensemble et en synergie. Le dialogue, le débat et la discussion sont au cœur de la société danoise (de l’élaboration du menu du dîner familial au monde du travail) : la parole de l’ouvrier sera entendue au même titre que celle du chef lorsqu’il s’agit d’apporter des améliorations au travail. La recherche d’un consensus caractérise les rapports sociaux, dans une atmosphère pacifique (on mesure bien ici l’écart avec la mentalité hexagonale !).

L’école danoise promeut davantage des valeurs de solidarité, d’entraide, de modestie et de responsabilité que de méritocratie, d’excellence et de dépassement de soi.



[1] Source : http://www.maisondudanemark.dk/eventpopupnew.aspx?id=1007

[3] Source : http://www.vigile.net/Les-secrets-du-bonheur-danois. Extrait d’un article québécois. Plus concrètement, cette loi permet aussi de comprendre la « transparence » des logements danois, donnant à voir leur intérieur : on n’a rien à cacher, puisque rien à envier à son voisin…

Par lilipoupou - Publié dans : Enseignement et Vie Scolaire au Danemark - Communauté : IUFM Midi-Pyrénées
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